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Cécile Caron

Mouvement libre et système nerveux : comment bouger autrement pour mieux digérer

Table des matières

Vous pouvez écouter sur Spotify ou regarder sur YouTube l’épisode du podcast Parlons Digestion en lien avec cet article.

Vous mangez sainement. Vous avez réduit le gluten, le lactose, les FODMAPs. Et pourtant, votre ventre reste capricieux. Ce scénario, je le rencontre régulièrement en consultation. Et ce que j’observe est contre-intuitif : les personnes qui contrôlent le mieux leur alimentation ne sont pas celles qui vont forcément mieux.

Parce que la digestion ne se joue pas uniquement dans l’assiette. Et je constate qu’elle dépend aussi, et souvent davantage, de l’état de notre système nerveux.

Cet article est en lien avec l’épisode 32 de Parlons Digestion, dans lequel je reçois Élodie Leclercq, libératrice du mouvement et créatrice de FlowNergy® et BloomDance®. Ensemble, nous explorons une porte d’entrée vers ce système nerveux que peu de praticiens abordent : le mouvement libre et la danse.

Le mouvement, allié direct de votre digestion

Bouger active le péristaltisme. Ce sont les contractions musculaires rythmiques qui font avancer les aliments dans notre tube digestif. Sans mouvement, la progression ralentit, les matières stagnent et les gaz s’accumulent.

Le mouvement masse aussi nos organes viscéraux de l’intérieur. Le colon, en particulier, répond bien à cette stimulation mécanique. C’est pourquoi une simple marche après le repas peut aider à soutenir un transit paresseux.

Il y a aussi un effet sur l’activation de la lymphe et donc l’élimination des déchets.

Mais au-delà de cet effet mécanique, le mouvement a aussi un effet sur les systèmes nerveux et hormonal. En effet, l’activité va nous permettre de sécréter des protéines de réparation, de croissance et des protéines anti-inflammatoires.

Puis après l’effort, qui a activé notre système nerveux sympathique (celui de la mobilisation), on connaît généralement un rebond du système parasympathique, avec la sécrétion de sérotonine notamment. À ce moment-là, le nerf vague qui relie le cerveau à presque tous nos organes digestifs est sollicité. Il va nous procurer cette sensation de bien-être, d’apaisement, à condition que l’effort n’ait pas été trop intense par rapport à nos capacités.

Toute cette cascade peut contribuer à une meilleure digestion, une glycémie plus stable, un meilleur métabolisme, une meilleure régénération, et donc notamment un risque réduit de surpoids, de diabète, de problèmes cardiovasculaires.

Un corps immobile est un corps en stagnation. La lymphe ne circule plus et le transit ralentit. Ce sont des signaux de stress pour le corps qui vont déréguler notre système nerveux s’ils deviennent chroniques (un lien que j’explore en détail dans l’épisode 2 de Parlons Digestion).

Un système nerveux dérégulé signifie que l’on passe plus de temps en mode « insécurité » qu’en mode « sécurité ». Or, nous avons besoin d’être dans ce mode « sécurité », généré par le système nerveux parasympathique, pour bien digérer, régénérer nos tissus et nos muqueuses (y compris ceux de notre système digestif) et éviter l’inflammation chronique.

Ce n’est pas un hasard si la sédentarité figure parmi les facteurs aggravants des troubles fonctionnels intestinaux.

Sport et mouvement libre : deux intentions, deux effets sur votre système nerveux

Le sport est un stresseur physiologique. Pendant un effort intense, notre système nerveux sympathique s’active. L’adrénaline monte, le cortisol est sécrété davantage et le flux sanguin se détourne de nos organes digestifs vers nos muscles.

Cette réponse est normale, utile et temporairement bénéfique. Mais si notre système nerveux est déjà surchargé en dehors du sport (stress chronique, hypercontrôle, hypervigilance, anxiété, carences nutritionnelles ou affectives, toxines…), ajouter un stresseur physiologique intense peut aggraver les symptômes digestifs. Ce n’est pas une question de bonne ou mauvaise pratique. C’est une question de contexte et d’état de départ, propre à chaque personne.

Le mouvement libre part d’une intention radicalement différente. Pas de performance à atteindre, pas de résultats à prouver. L’attention se porte sur les sensations internes : que ressent mon corps ? De quoi a-t-il besoin aujourd’hui ?

Cette intention différente évite de dépasser nos capacités du moment en se poussant trop loin et active la voie parasympathique de notre système nerveux, dont notre nerf vague est l’acteur principal.

C’est dans cet état que notre digestion peut fonctionner correctement. Et c’est précisément là que le mouvement libre agit, là où le sport intense peut parfois produire l’effet inverse.

La voie somatique : ce que notre corps retient que les mots ne disent pas

Le corps ne distingue pas un stress psychologique d’un stress physiologique. Il enregistre les deux. Et lorsqu’une expérience difficile n’a pas pu être traversée, elle peut rester stockée dans les tissus, les fascias, le système nerveux.

En nutrition fonctionnelle, on observe que les personnes souffrant de troubles digestifs chroniques présentent souvent une dérégulation du système nerveux. Plusieurs études montrent ce lien chez les personnes atteintes du syndrome de l’intestin irritable (SII).

Ce qu’Élodie Leclercq appelle « les mémoires du corps » correspond à ces traces que le système nerveux conserve d’expériences non résolues. Et ces mémoires peuvent entretenir une tension dans le système digestif sans que l’alimentation seule puisse y changer quoi que ce soit.

La thérapie par la parole a une valeur réelle et reconnue. Mais elle a ses limites. Comprendre intellectuellement une expérience difficile ne suffit pas toujours à libérer la charge que le corps retient.

Comme l’explique Élodie Leclercq dans l’épisode 32 de Parlons Digestion, le mouvement libre offre une voie différente : non pas par le mental, mais directement par le corps. Il permet de remettre en circulation ce qui était figé (ce que l’on appelle « compléter des réponses de survie » en Somatic Experiencing – approche psychocorporelle créée par Peter Levine), sans nécessairement avoir besoin de le nommer.

C’est ce que l’approche somatique apporte. Et c’est pourquoi j’associe nutrition fonctionnelle et régulation du système nerveux dans mon travail avec les personnes qui souffrent de problèmes digestifs : parce que les deux sont indissociables pour retrouver une digestion apaisée.

Ce que vous pouvez faire dès maintenant

  • Privilégier si possible du mouvement doux mais plus fréquent, plutôt qu’une session intense une seule fois dans la journée.
    Par exemple, aller marcher 10 minutes après les repas, se lever régulièrement de votre chaise de bureau (si vous travaillez assis(e)) pour faire quelques pas et étirements, prendre les escaliers au lieu de l’ascenseur ou l’escalator, se garer plus loin pour marcher un peu… Tout ça compte, même si ce n’est pas forcément ce que l’on a en tête quand on pense à l’activité physique.

    Faire du renforcement musculaire, du cardio ou toute activité physique plus intense, ça peut être très bénéfique pour le maintien de la masse musculaire, pour la santé de notre cœur et pour la longévité de manière générale. Mais pour certaines personnes ou à certains moments de vie, ces activités peuvent être trop intenses et créer un vrai stress physiologique, qui va impacter notamment notre digestion. S’écouter et adapter est la clé !
  • Observer votre ressenti après différents types de mouvement : comment votre ventre réagit-il après une séance d’activité physique plus ou moins intense ? Si vous vous sentez épuisé(e) ou simplement plus fatigué(e) dans les 24h qui suivent, si vous ressentez comme un léger état grippal, si vous sentez une forme d’inflammation, ce sont des signes que cette activité est probablement un peu trop intense pour vous actuellement et s’avère contre-productive.
  • Prenez un temps où vous laissez simplement votre corps bouger comme il en a envie (avec ou sans musique). Vous pouvez visionner les vidéos disponibles sur la chaîne YouTube d’Élodie Leclercq ou rejoindre son studio Wild Body (essai de 7 jours gratuit).

Conclusion

Le mouvement libre n’est pas une pratique de bien-être secondaire. C’est un levier direct de régulation du système nerveux, avec un impact concret sur la digestion.

Si vous souffrez de ballonnements, de transit capricieux ou de fatigue persistante, et que vous avez l’impression d’avoir tout essayé côté alimentation, la régulation du système nerveux est peut-être le levier qui vous manque.


Questions fréquentes

Quel est le lien entre le mouvement libre et la digestion ?

Le mouvement active le péristaltisme et stimule le nerf vague, favorisant le passage en mode parasympathique. C’est dans ce mode que la digestion fonctionne correctement. Le mouvement libre, contrairement au sport intense, active la voie de sécurité du système nerveux, ce qui est particulièrement bénéfique pour les personnes souffrant de troubles digestifs lies au stress.

Qu’est-ce que la voie somatique et comment aide-t-elle les troubles digestifs ?

La voie somatique est une approche qui passe par le corps plutôt que par le mental. Elle s’intéresse aux sensations, aux tensions et aux expériences difficiles stockées dans le système nerveux. En nutrition fonctionnelle, on reconnait de plus en plus que les troubles digestifs chroniques sont souvent liés à un système nerveux dérégulé. La voie somatique permet d’agir directement sur cette dérégulation, là où l’alimentation seule ne suffit pas.

Quelle est la différence entre le sport et le mouvement libre pour la santé digestive ?

Le sport active principalement le système nerveux sympathique (mode activation). Le mouvement libre, pratique sans recherche de performance, peut activer la voie parasympathique (mode sécurité). Pour une personne dont le système nerveux est déjà en état de surcharge, ajouter du sport intense peut aggraver les symptômes digestifs. Le mouvement libre offre une alternative qui soutient la régulation nerveuse plutôt que de la solliciter davantage.

Par ou commencer le mouvement libre quand on n’est pas habitue ?

Le plus simple est de mettre une musique que l’on apprécie et de laisser le corps bouger sans consigne. Pas besoin de « savoir danser ». Selon Élodie Leclercq, tout le monde sait danser : on a simplement appris à ne plus s’y autoriser. Des pratiques somatiques guidées, comme celles proposées sur sa chaine YouTube, peuvent aussi offrir un cadre sécurisant pour commencer progressivement.


Références bibliographiques

  1. Liu Q, Wang EM, Yan XJ, Chen SL. Autonomic functioning in irritable bowel syndrome measured by heart rate variability: a meta-analysis. Journal of Digestive Diseases. 2013;14(12):638-46. https://doi.org/10.1111/1751-2980.12092
  2. Ali MK, Chen JDZ. Roles of Heart Rate Variability in Assessing Autonomic Nervous System in Functional Gastrointestinal Disorders: A Systematic Review. Diagnostics (Basel). 2023;13(2):293. https://doi.org/10.3390/diagnostics13020293
  3. Levine PA. In an Unspoken Voice: How the Body Releases Trauma and Restores Goodness. North Atlantic Books; 2010.
  4. van der Kolk BA. The Body Keeps the Score: Brain, Mind, and Body in the Healing of Trauma. Viking Press; 2014. (Traduction française : Le corps n’oublie rien*. Albin Michel, 2018.)*

 À propos de

Cécile

 
Je suis Cécile Caron, praticienne en nutrition fonctionnelle spécialisée en bien-être digestif et animatrice du podcast Parlons Digestion.
J’accompagne les personnes qui souffrent de troubles digestifs chroniques en remontant à la vraie cause de leurs symptômes.

Ce qui différencie mon approche : intégrer le lien entre digestion, système nerveux et hormones pour aller au-delà des solutions symptomatiques.