Vous pouvez écouter sur Spotify ou regarder sur YouTube l’épisode du podcast Parlons Digestion en lien avec cet article.
Vous avez sûrement déjà remarqué qu’un repas avalé entre deux réunions ne passe jamais aussi bien qu’un repas pris tranquillement, ou qu’une période stressante s’accompagne presque toujours de ballonnements, de crampes ou d’un transit qui se dérègle. Ce n’est pas un hasard, et ce n’est certainement pas « dans votre tête ».
En nutrition fonctionnelle, on sait qu’il existe un lien réel et bidirectionnel entre votre système digestif et votre système nerveux : c’est ce que l’on appelle l’axe intestin-cerveau. Le stress chronique modifie concrètement la façon dont vous digérez, et à l’inverse, une digestion perturbée peut nourrir votre anxiété. Comprendre ce mécanisme, c’est déjà commencer à sortir du cercle vicieux.
Comment le stress dérègle votre digestion
Trois voies par lesquelles votre ventre et votre cerveau se parlent
Votre intestin et votre cerveau communiquent en permanence, par trois voies distinctes.
- La première passe par le système nerveux, via des signaux électriques : c’est là qu’intervient le nerf vague qui assure l’essentiel de la communication entre le ventre et le cerveau, un peu comme une ligne téléphonique directe1.
- La deuxième passe par des messagers comme les hormones et les neurotransmetteurs, une sorte de service postal, plus lent mais efficace.
- La troisième, enfin, passe par le système immunitaire : c’est le signal d’alarme, comparable à un voyant rouge sur le tableau de bord.
Ce qui se passe dans votre digestion en mode survie
Votre système nerveux sonde en permanence votre environnement, à l’extérieur comme à l’intérieur de vous, pour déterminer si vous êtes en sécurité ou non. Un emploi du temps surchargé, une to-do list interminable ou un enchaînement de tâches sans pause sont perçus par le corps comme une forme d’insécurité, au même titre qu’un danger réel.
Quand le corps bascule en mode survie, il privilégie les fonctions essentielles à la survie immédiate (fuir, combattre) et met de côté tout ce qui n’est pas prioritaire, comme la digestion ou l’équilibre hormonal. Cela se traduit par moins d’enzymes digestives, moins de bile, moins de flux sanguin vers le système digestif et un rythme de progression des aliments qui se dérègle (d’où la constipation ou la diarrhée, selon qu’il ralentit ou s’accélère). Ce mode survie prolongé peut aussi augmenter l’inflammation intestinale et favoriser la perméabilité intestinale.
Résultat : ballonnements, crampes, transit perturbé, lourdeurs après les repas.
Quand c’est votre ventre qui influence votre mental
Le rôle méconnu de votre « deuxième cerveau »
Votre intestin abrite plusieurs centaines de millions de neurones, un réseau que l’on appelle le système nerveux entérique et que l’on surnomme parfois le « deuxième cerveau ». Ce système gère automatiquement toutes les fonctions digestives, sans que vous ayez besoin d’y penser, et capte en permanence ce qui se passe au niveau digestif pour transmettre ces informations au cerveau, notamment via le nerf vague1.
Les bactéries de votre microbiote participent activement à cette communication : elles produisent des neurotransmetteurs qui remontent jusqu’au cerveau et influencent votre humeur. Ce lien n’est pas anecdotique : les personnes atteintes du syndrome de l’intestin irritable présentent nettement plus souvent de l’anxiété ou une humeur dépressive que la population générale2.
Comment l’inflammation intestinale peut atteindre votre cerveau
Quand la digestion est perturbée, les neurotransmetteurs apaisants sont moins bien sécrétés et une inflammation s’installe souvent au niveau digestif, puisque le système immunitaire y est particulièrement présent. Cette inflammation peut ensuite se propager ailleurs dans le corps, y compris jusqu’au cerveau. On a longtemps pensé le cerveau parfaitement protégé par la barrière hémato-encéphalique, mais cette barrière peut elle aussi devenir plus perméable, un peu comme l’intestin, laissant passer de l’inflammation qui peut se traduire par du brouillard mental, de la fatigue, de l’anxiété ou des troubles de la concentration.
Une étude australienne menée sur près de 2 000 personnes suivies pendant un an a d’ailleurs montré que les symptômes digestifs pouvaient précéder l’apparition de troubles de l’humeur, et pas seulement l’inverse3.
Le cercle vicieux du cortisol et des glandes surrénales
Pourquoi trop de cortisol finit par se retourner contre vous
Quand vous êtes stressé(e) de façon chronique, vos glandes surrénales produisent davantage de cortisol, notamment pour tamponner l’inflammation générée par ce stress (oui le cortisol a une fonction anti-inflammatoire que l’on connaît peu).
Mais le cortisol n’est pas neutre pour autant : il agit aussi directement sur les jonctions serrées de la paroi intestinale, ces « verrous » qui maintiennent la barrière intestinale étanche et peut ainsi favoriser lui-même l’hyperperméabilité intestinale6. Autrement dit, l’hormone censée limiter les dégâts du stress peut, à haute dose et sur la durée, en créer de nouveaux. Au bout d’un moment, produire trop de cortisol devient délétère : le cerveau finit par couper la production, mais l’inflammation liée au stress, elle, reste bien présente, sans plus rien pour la tamponner.
L’impact insoupçonné sur votre thyroïde, et donc sur votre digestion
Ce cortisol chroniquement élevé a aussi un effet sur votre thyroïde : il ralentit son fonctionnement4. Or une thyroïde qui tourne au ralenti a des répercussions directes sur la digestion : manque d’acidité gastrique, reflux, digestion des protéines moins efficace, moindre absorption de certains minéraux et vitamines comme le zinc, le fer ou la B12, constipation, ballonnements, gaz. Vous voyez que rien, dans le corps, n’est vraiment compartimenté : tout est lié.
Ce que vous pouvez faire dès maintenant
- Réduire le stress autour des repas : mangez dans un environnement calme, sans écran ni discussion qui fâche
- Vous accorder de vraies micro-pauses de 3 minutes plusieurs fois par jour, pour permettre au système nerveux de revenir en mode sécurité
- Intégrer 2 à 3 fois par semaine des petits poissons gras (sardines, maquereaux, anchois, harengs, truite), riches en oméga-35
- Manger des légumes verts à feuilles chaque jour, riches en magnésium et vitamines du groupe B5
- Ajouter des œufs et une poignée d’oléagineux par jour, pour leur apport en choline et en magnésium
- Faire doser votre vitamine D lors d’une prise de sang pour vérifier votre taux
Conclusion
Le stress et la digestion ne sont jamais deux sujets séparés : ils s’influencent en permanence, dans les deux sens. C’est exactement la vision que je défends en tant que praticienne en nutrition fonctionnelle sur le podcast Parlons Digestion : adresser le système nerveux est aussi important que d’adresser l’alimentation pour retrouver une digestion apaisée.
Si vous voulez aller plus loin dans l’accompagnement de votre digestion et de votre système nerveux, vous pouvez réserver un appel gratuit avec moi pour que vous m’en disiez plus sur votre problématique, que j’identifie les premières causes possibles et que vous explique comment on pourrait travailler ensemble.
Questions fréquentes
Oui. En mode survie, le corps met la digestion au second plan : moins d’enzymes digestives, moins de bile, moins de flux sanguin vers l’intestin. Cela peut provoquer ballonnements, crampes et transit perturbé.
Parce qu’il abrite plusieurs centaines de millions de neurones, un réseau appelé système nerveux entérique, qui gère les fonctions digestives de façon autonome et communique en permanence avec le cerveau. Ce serait à peu près le même nombre de neurones que dans le cerveau d’un chat ou d’un chien.
Le nerf vague est la principale voie de communication électrique entre le ventre et le cerveau. Il transmet au cerveau ce qui se passe au niveau digestif, et inversement.
Oui. Un excès chronique de cortisol peut impacter la paroi intestinale et ralentir la thyroïde, ce qui perturbe à son tour l’acidité gastrique, la digestion des protéines et l’absorption de certains nutriments.
Références bibliographiques
- Coffin, B. Communication entre cerveau et intestin. La Presse Médicale / ScienceDirect. https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0248866310004984
- Zhang, Y. et al. The level and prevalence of depression and anxiety among patients with different subtypes of irritable bowel syndrome: a network meta-analysis. BMC Gastroenterology / NCBI PMC. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7791666/
- Koloski, N. et al. Evidence that independent gut-to-brain and brain-to-gut pathways operate in the irritable bowel syndrome and functional dyspepsia: a 1-year population-based prospective study. Alimentary Pharmacology & Therapeutics, 2016.
- Ostrowska, Z. et al. There is increasing evidence that chronic stress and cortisol influence thyroid function. Endokrynologia Polska. https://journals.viamedica.pl/endokrynologia_polska/article/download/109784/89327
- Boyle, N.B., Lawton, C., Dye, L. The Effects of Magnesium Supplementation on Subjective Anxiety and Stress: A Systematic Review. Nutrients, 2017. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5452159/
- Role of Stress on Driving the Intestinal Paracellular Permeability. NCBI PMC. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC10670774/